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Bibliothécaire/documentaliste :
repenser nos métiers du point de vue de l'utilisateur final
• En tant que présidente de l’ADBS mais aussi conservateur de bibliothèque, ayant pratiqué successivement les deux métiers de documentaliste dans des environnements publics et privés, c’est tout naturellement que la réalité et la justification de la séparation des métiers me concernent et me conduisent à m’interroger. Le changement de nom de l’ADBS s’est efforcé de rendre compte des évolutions majeures dans les compétences et l’objet de l’activité de ses adhérents
• D’abord association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés
• Devenue association des professionnels de l’information-documentation
• Une association de professionnels qui ne s’appuient pas sur un statut mais doivent s’adapter au marché du travail sous peine de disparaître : cela explique une forte activité de formation permanente très centrée sur le numérique, VAE, référentiel, certification au niveau national et européen...
Le changement de l’environnement documentaire induit des changements dans les pratiques
• La production et la diffusion de documents se font de plus en plus par des techniques numériques
• L’offre documentaire numérique en pleine expansion s’accompagne d’un développement considérable des réseaux télécoms et de la banalisation des équipements informatiques
• Les filières professionnelles ne développent plus une normalisation sectorielle. Les bibliothécaires utilisent la norme « records management », la DTD-XML EAD pour cataloguer les fonds de manuscrits…
Les techniques documentaires se banalisent et gagnent de nouveaux publics
• Les mêmes techniques, les mêmes outils servent à la fois aux activités d’enseignement, dans la pratique professionnelle, dans le cadre des loisirs, d’achats…
• L’ergonomie, les interfaces sont de plus en plus simples alors que les techniques utilisées se complexifient et induisent des travaux sur l’organisation et la structuration de l’information qui vont croissant
• Cependant, les utilisateurs veulent pouvoir
– être indépendants des services d’information, se passer des aides en ligne, des manuels d’utilisation et avoir des pratiques intuitives voire ludiques dans l’utilisation des ressources informationnelles. Ils sont moins gênés que les professionnels par le « bruit » dans leur recherche ; le rebond est devenu une pratique courante et intuitive
– utiliser des services hétérogènes (types de sources, de support…). Une offre organisée par support dans les bibliothèques ou les centres de documentation est encore acceptée sur place mais pas au niveau des catalogues ou autres outils d’accès. Dans leur propre production, les utilisateurs veulent pouvoir mélanger texte, image, son, image animée…
–dans leur recherche, ils veulent utiliser leur vocabulaire métier et souhaitent s’affranchir des langages documentaires
De nouveaux objets documentaires pour les bibliothécaires et les documentalistes
• On passe en fait de l’acquisition et du traitement d ’un objet physique à un objet d ’information (catalogage exogène d’un objet matériel remplacé par la création de métadonnées qui au-delà d’une description sommaire de l’objet documentaire immédiatement accessible donnent des informations sur les modalités de création donc de conservation à long terme des documents, de gestion des droits…
• La granularité des objets documentaires et le niveau d’accès souhaité (du tout à une portion) sont très variables. Ainsi par exemple, on va devoir décrire un site web dans un signet, une portion de site dans dossier thématique ou pour faire une citation
• Les objets documentaires sont liés à un réseau d’information (liens internes et entre documents). L’utilisation de ces liens permet à la fois de faire des choix documentaires en les utilisant comme indice de notoriété mais aussi de constituer des cartographies pondérées
De nouvelles pratiques professionnelles
• La masse exponentielle représentée par l’information sous forme numérique conduit :
–à rechercher l’automatisation des traitements à tous les niveaux de la chaîne (capture automatique, balisage, indexation…)
–prendre en compte l’environnement sémantique. Les grandes classifications ou les référentiels d’indexation peinent à rendre compte de la richesse des contenus aux différents niveaux et les outils linguistiques et statistiques enrichissent la pratique de recherche
–pratiquer l’échantillonnage en s’appuyant sur les pratiques d’autres métiers
–repérer l’information par de nouveaux critères comme la notoriété, la pondération...
De nouveaux réflexes à acquérir pour mieux servir les utilisateurs
• On se doit de tenir compte davantage du contexte de production dans les traitements (sources externes ou internes), voire, d’intervenir très en amont dans la production souvent hybride ; les responsables de bibliothèques universitaires chargés de la mise en ligne des travaux universitaires ou les bibliothécaires municipaux producteurs de sites connaissent déjà ces préoccupations au même titre que les documentalistes, partie prenante dans la mise en place des intranets de leur entreprise.
• Parmi les difficultés majeures, il en est une tout à fait nouvelle, c’est la nécessité de devoir s’affranchir de la localisation et de la notion de possession au profit de la notion d’accès quand il s’agit de mettre à disposition des ressources électroniques. C’est là un changement fondamental qui perturbe la volonté et le besoin de conservation de certaines institutions.
De la fierté de la qualité de gestion de son fonds documentaire, le professionnel doit se concentrer toujours plus sur les services à l’utilisateur
• La constitution, la mise à jour d’un fonds et sa gestion ne suffisent plus à répondre aux attentes. Si les techniques documentaires ont d’abord permis :
– la création de dispositifs de représentation des documents (classifications, thésaurus, bases de données…)
– la diffusion d ’informations « pertinentes » aux utilisateurs (ex : diffusion sélective d’informations, signets…)
On est passé à une nouvelle étape où, comme on l’a déjà noté, les utilisateurs veulent pouvoir être indépendants de toute médiation et le professionnel doit intervenir en amont pour :
– concevoir les accès et apporter un soutien pédagogique
– choisir de mettre en œuvre la norme qui correspond le mieux à une pratique des utilisateurs par exemple rétroconvertir des catalogues de manuscrits en XML-EAD et
– définir des outils de production...
· Les services « questions-réponses » en ligne achèvent de casser des frontières : qu’il s’agisse des types de questions posées, utilisation de techniques de capitalisation de savoir faire, constitution de réseau virtuel...
Il s’agit donc d’une opportunité à ne pas manquer et plutôt que de se crisper sur les spécificités qui persistent en particulier sur des types de publics à servir, il convient de le vivre comme un enrichissement mutuel des métiers et un élargissement possible des compétences.
A l’occasion de la mise en place des nouveaux services (intranet, portail, bibliothèque numérique, recherches en ligne…), il faut s’interroger sur l’apport potentiel des pratiques des autres métiers.
Caroline Wiegandt, présidente de l’ADBS, directrice générale adjointe de la BnF, chargée des Services et des réseaux
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