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Consulter internet, c'est lire ! 
Olivier Chourrot
24 mai 2006 10:21 UT
A l'occasion de la présentation de l'étude CREDOC sur la fréquentation des bibliothèques le 23 mai à la Bpi, un lapsus fort répandu (mais en était-ce un?) m'a frappé : l'évocation d'une concurrence entre "la pratique d'internet" ET "la lecture". A ma connaissance, l'étude n'a traité que du rapport entre les usages d'internet et de la bibliothèque, montrant d'ailleurs qu'en deçà de 30 h de navigation par semaine, les internautes fréquentent aussi les bibliothèques. Mais revenons sur le glissement, qui est en soi porteur de sens. Chacun conviendra que naviguer sur internet, c'est lire, et qu'opposer les deux ne satisfait pas la logique. C'est également lire autrement, selon des modalités nouvelles porteuses de transformations culturelles profondes, comme l'affirme par exemple Roger Chartier. C'est enfin "lire pour", dans un but utilitaire, d'information ou de rencontre amoureuse, d'achat en ligne ou de vente aux enchères.
Dans l'imaginaire professionnel, ce n'est peut-être pas de la "vraie" lecture, ce qui expliquerait le glissement qui a parcouru le débat. Au fond, la bibliothèque resterait marquée par la force du lien entre la lecture, l'histoire de vie du lecteur et l'éthique. Elle serait issue de l'imaginaire augustinien des Confessions, comme le montre magistralement Brian Stock dans son recueil "bibliothèques intérieures", au point de méconnaître la légitimité d'autres formes de lecture.
Or ce lien, qui fonde (parfois immplicitement) tout un discours professionnel sur la fonction salvatrice de la lecture, se distend sous la pression des pratiques en réseau. Le lire du retour sur soi fait place au lire de l'échange multiforme, rejoignant une logique utilitaire de l'accès à l'information d'influence anglo-saxonne. Les bibliothécaires, comme d'autres professionnels du savoir, doivent saisir cette mutation afin de repositionner leurs discours et leurs pratiques. Ce n'est pas en opposant une "bonne" façon de lire à une autre qu'ils y parviendront, mais plutôt en prenant conscience que la lecture n'est pas qu'une pratique culturelle ... et que, partant, les instances qui la promeuvent ne sauraient demeurer dans une définition purement culturelle de leur rôle.
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