| Ecouter un enregistrement de la contribution |
|
|
|
|
|
Aide |
|
Version MP3 S'il ne se passe rien lorsque vous cliquez sur le lien ci-dessus, recliquez dessus avec le bouton droit (PC) ou en maintenant la touche CTRL appuyée (Mac) et choisissez l'option "Enregistrer sous...". Le fichier se téléchargera sur votre ordinateur et vous pourrez l'écouter dans votre lecteur MP3 habituel (Windows Media Player, QuickTime, iTunes...).
Version Flash Pour télécharger la dernière version du lecteur Flash, cliquez ici.
|
|
|
 |
L’interrogation de moteurs de recherche fait désormais partie intégrante des routines mises en œuvre par les chercheurs en sciences sociales. Toutefois une pluralité d’usages se dessinent qui méritent une réflexion critique, que je propose d’organiser à partir de la notion d’enquête telle qu’elle a été problématisée par les courants pragmatiques, dans la lignée de l’œuvre majeure de John Dewey (Logique – La théorie de l’enquête (1938)). Les attentes vis-à-vis des requêtes soumises à un moteur de recherche relèvent de plusieurs types d’opérations cognitives, dont la nature dépend du degré de construction préalable des objets d’enquête et des espaces argumentatifs dans lesquels ils sont évalués . Pour caractériser ces opérations, on peut prendre appui sur les procédures interprétatives propres aux enquêtes sociologiques contemporaines. Loin de se réduire à une recherche documentaire, l’exploration des sources disponibles sur Internet repose, pour les chercheurs, sur au moins cinq modalités décisives :
- le type de connaissance en amont des instances ou des auteurs-acteurs qui mettent en ligne des informations et du type de dossiers dans lesquels ils interviennent ;
- le degré de maîtrise des ressorts informatiques qui permettent aux moteurs d’indexer et de hiérarchiser les pages ;
- les modèles sémantiques qui sous-tendent le choix des clefs ou des points d’entrée soumis aux moteurs de recherche – la plupart des chercheurs n’ignorent pas l’absence de correspondance directe entre les mots, les classes d’objets et les concepts qui servent à construire un problème et à le faire évoluer, par essis/erreurs, vers une solution ;
- la prise en compte des asymétries entre les sites visités selon qu’ils incorporent, ou non, une réflexivité sur le maniement de leurs sources et de leurs liens ;
- et, enfin, le recours à des instruments de recherche et des espaces de calculs extérieurs au réseau. En permettant d’évaluer différemment les objets attrapés sur la toile, ces outils garantissent l’indépendance du raisonnement sociologique vis-à-vis des architectures informatiques et des logiques de réputation des sites.
Autrement dit, le bon usage d’Internet suppose l’organisation d’un espace critique capable de relativiser les classements produits par les moteurs de recherche à partir de formes de raisonnement et de points de comparaison externes. Au cours des premières années d’apprentissage collectif au maniement des informations en réseau, le souci de traçabilité des opérations cognitives était passé au second plan. Aujourd’hui, les usages manifestent une plus grande distance liée à la reconfiguration des appareillages critiques des sciences sociales. Ainsi, de multiples chercheurs oeuvrent à l’émergence de nouvelles formes de laboratoires ou de dispositifs d’accumulation de données en appliquant des contraintes plus fortes aux masses d’informations, dont la prolifération et l’aspect « connexionniste » semble interdire la réalisation d’épreuves de cohérence scientifique. Pour illustrer ce point, je ferai allusion à la manière dont mon propre laboratoire s’est doté d’instruments de capture, d’évaluation et d’analyse approfondies des sources textuelles mises en ligne par d’innombrables auteurs-acteurs.
|
 |
 |